M. Colloghan

samedi 10 mai 2014

Eléments saillants du IVe relevé des entreprises récupérées en Argentine


Le IVe relevé réalisé par l’université de Buenos Aires dans le cadre du programme « Faculté ouverte » et, dont les premiers éléments ont été présentés le 21 mars dernier, est principalement axé sur les cas d’entreprises récupérées par les travailleurs (ERT) entre mars 2010 et décembre 2013[1].

- Depuis la précédente enquête terminée en mars 2010, 63 entreprises ont été récupérées permettant de préserver 2 664 postes de travail. 41 d’entre-elles l’ont été au cours des deux dernières années : 2012 et 2013, ce qui porte le total des ERT à 311 occupant 13 462 travailleurs. Le nombre d’ERT post-crise (année de référence 2004) s’élève à 144 actuellement en fonctionnement.


- La moitié des ERT (150) se situe géographiquement dans l'aire métropolitaine  (ville et agglomération de Buenos Aires) et le reste se trouve à l'intérieur de la province de Buenos Aires ou dans le reste du pays. L’aire métropolitaine de Buenos Aires et la région de la Pampa (les provinces de Buenos Aires, la Pampa et Santa Fe) concentrent à elles seules 81 % des ERT. Toutefois, l’extension géographique se poursuit puisque des ERT sont aujourd’hui présentes dans 21 des 24 provinces du pays.

- Alors que la métallurgie dominait largement au cours de la première décennie, elle ne représente plus que 20 % des ERT. Ces trois dernières années, la récupération s'est élargie à d'autres secteurs d’activité en particulier les services, comme par exemples au sein d’établissements éducatifs et gastronomiques.

- L’intensité des conflits sur la période (2010-2013) se maintient au niveau antérieur, avec un taux d’occupation des entreprises de 61 % et un allongement de la durée moyenne qui passe à 335 jours contre 249 jours précédemment après avoir diminué entre 2004 et 2010. Par contre, la répression et les tentatives d’expulsion sont en diminution à 37 %.

- Alors qu’en 2010, 63% des ERT avaient obtenu une loi d’expropriation, seuls 19% des cas postérieurs y sont parvenus et, ce malgré la nouvelle loi sur les faillites de 2011, initialement  perçue comme une avancée.

- L’engagement du mouvement syndical dans le soutien aux processus progresse de 44% jusqu’en 2010 à 64% au cours de la dernière période.

- 93 % des ERT maintiennent les assemblées générales périodiques (56% une fois par semaine). 54% d’entre elles appartiennent à un mouvement ou une organisation d’ERT ou de coopératives et 71% réalisent des activités solidaires ou culturelles en lien avec la communauté.

- Globalement, la capacité productive reste moindre qu’avant la récupération, l’absence de capital (47,1%), de matières premières (35,3%) et la difficulté d’insertion sur le marché (29,4%) restent prégnantes. Il y a une évolution par rapport aux données relevées en 2003 due notamment à l’amélioration de la situation macroéconomique. Néanmoins, l’accès des ERT au crédit reste problématique du fait de leur statut, c’est ainsi que 29% des ERT ont recours au « travail à façon », ce qui signifie qu’elles dépendent d’un donneur d’ordre qui leur procure la matière première et les paie pour le travail et la maintenance des machines. Relevons également que 61% des ERT perçoivent des aides de l’Etat.

- Un autre trait significatif de ce phénomène concerne le maintien d’une égalité salariale (52% des cas). Dans les autres cas, la différence est le plus souvent liée à la différence du nombre d’heures effectuées (61,5%). L’échelle des salaires n’est jamais supérieure à 50%.

Ce IVe relevé démontre de nouveau que le mouvement de récupération d’entreprises est bien ancré dans la réalité de la classe ouvrière argentine et qu’il n’était pas un processus conjoncturel. Les travailleurs-ses ont intégré l’alternative de l’autogestion comme une solution possible contre le chômage et la fermeture d’entreprises en maintenant leur poste de travail sans exploiter d’autres travailleurs.

Richard Neuville

Pour en savoir plus :
Les synthèses en français des précédentes enquêtes in Richard Neuville, « Les entreprises récupérées par les travailleurs en Argentine » sont consultables sur :
http://www.autogestion.asso.fr/?p=2071 ou sur ce blog : http://alterautogestion.blogspot.fr/search/label/Argentine

Voir également l'article : Richard Neuville, "Plus de 60 entreprises récupérées ces trois dernières années en Argentine" :
http://alterautogestion.blogspot.fr/2014/04/plus-de-60-entreprises-recuperees-ces.html  



[1] « Datos destacados del IV relevamiento de ERT del programa Facultad Abierta », Données transmises par Andrés Ruggeri, Directeur du programme, le 21 avril 2014.
[1] Esteban Magnani, « IV Relevamiento de la UBA sobre empresas recuperadas, Para no perder el empleo”, Pagina 12, 20 de abril de 2014. Consultable sur le site : http://www.pagina12.com.ar/diario/suplementos/cash/17-7607-2014-04-20.html

1 commentaire:

  1. Bonjour, je souhaiterais vous contacter, M. Neuville, en relation avec votre article. Je cherche en particulier à mettre la main sur cette étude (elle n'est pas encore sur le site Internet indiqué) ou, à défaut, à savoir comment vous avez obtenu ces données. Merci. Christophe Koessler, Journal Le Courrier, Genève. e-mail: koesslerc@gmail.com

    RépondreSupprimer